Léa

Débits et crédits : les résultats de la conférence sur le climat

Ce que nous avons vu à la fin de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP28) à Dubaï était un chef-d’œuvre de diplomatie de négociation. Le projet, présenté pour la première fois par le président de la conférence, le sultan Ahmed al Jaber, a offensé la majorité des États participants et déclenché une tempête de protestations. Une tactique séculaire : vous entamez des négociations avec une exigence maximale, sachant pertinemment qu’elle ne sera pas acceptée, et vous placez ainsi la barre bas. Le directeur général de la réunion, Majid Al-Swaidi, l’a admis très ouvertement : « En fait, nous voulions que le texte stimule les conversations – et c’est exactement ce qui s’est passé. » Et maintenant tout le monde peut célébrer le compromis minimal comme un grand succès. Au lieu d’une « élimination progressive », c’est-à-dire de la fin du charbon, du gaz et du pétrole, on parle désormais d’un « abandon des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques ». Dans quelle mesure le document final de 21 pages est-il vraiment historique ? profil a compilé les points forts et les points faibles.

Les plus :

  1. Pour la première fois, les combustibles fossiles sont désignés comme la principale cause de la crise climatique dans un document final – une avancée importante au niveau de l’ONU.
  2. La capacité d’énergie renouvelable devrait tripler d’ici 2030.
  3. La conférence a été un succès dès le premier jour : le fonds destiné à financer les pertes et les dommages a finalement été créé. Cependant, les engagements pour une dotation de 700 millions de dollars actuellement sont bien insuffisants pour indemniser tous les États du Sud touchés par des conditions météorologiques extrêmes.
  4. Les objectifs d’efficacité énergétique doivent être doublés d’ici 2030.
  5. Il est également prévu d’atteindre une « consommation nette zéro » d’ici 2050. Concrètement, les émissions mondiales de gaz à effet de serre doivent être réduites de 43 % d’ici 2030 par rapport à 2019 et de 60 % d’ici 2035.
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Les points faibles :

  1. L’expression cruciale « élimination progressive » ne figure pas dans le document. Même si une écrasante majorité y était favorable.
  2. Il existe certaines lacunes dans l’utilisation continue du charbon, du pétrole et du gaz : par exemple, s’en tenir au gaz comme technologie de transition ou au captage et au stockage du carbone, qui peut être considéré comme une licence pour l’industrie des combustibles fossiles.
  3. Comment le monde devrait-il atteindre la neutralité climatique ? Il n’existe pas de plan concret de sortie des énergies fossiles.
  4. Les spécifications des plans nationaux de protection du climat ne sont pas contraignantes. Il est donc à craindre que la protection du climat reste un exercice d’action volontaire.
  5. Les États insulaires, particulièrement menacés par la montée du niveau de la mer, se sentent ignorés. Le président de la conférence, Al Jaber, a étonnamment adopté le document final au début de la séance plénière – refusant ainsi aux États insulaires la possibilité de commenter.

Le président de la Conférence, al Jaber, peut néanmoins se targuer d’un résultat historique ; tous ceux qui voulaient plus pour pouvoir obtenir des concessions. Cela sauve la face pour toutes les parties. Néanmoins : ici, une minorité a imposé sa volonté à la majorité.

Pour l’économiste du climat Ottmar Edenhofer de l’Université technique de Berlin, le positif l’emporte toujours sur le négatif, comme il l’explique dans une interview à ZDF. Il a rappelé que beaucoup de choses se passent déjà en dehors de la COP : « L’UE a annoncé à l’avance qu’elle imposerait à l’avenir des tarifs climatiques. Depuis, l’Inde réfléchit à une taxe sur le CO2, la Turquie et les Émirats arabes unis à un échange de quotas d’émission. L’UE dispose d’instruments susceptibles d’accélérer l’élimination progressive des combustibles fossiles.»

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