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Jean-Paul Belmondo : Une icône de la Nouvelle Vague est partie

Son visage de boxeur, qu’il n’avait pas par hasard (il était déjà boxeur amateur à l’adolescence), convenait parfaitement aux personnages à moitié silencieux qu’il aimait incarner dans les années 1960 et les dotait d’une grande auto-ironie. . Jean-Paul Belmondo, fils d’un sculpteur et d’un danseur, fut l’un des visages influents de la Nouvelle Vague française, qui renouvelle le film d’auteur sur cette planète dès la fin des années 1950. Avec son charme prolétarien et son indifférence palpable aux normes bourgeoises, il dégageait un certain danger et une certaine imprévisibilité, qu’il contrecarrait avec une grande sensibilité, presque paradoxalement.

En 1956, après avoir fait ses premiers essais avec le feu au théâtre, il se lance au cinéma et en 1960, il connaît une renommée mondiale avec « À bout de souffle » : Belmondo y apparaît comme un petit gangster égocentrique et auto-stylisé qui – formé sur les méchants d’Hollywood – a joué Jean Seberg, une Américaine à Paris, et se laisse conduire à sa ruine. A travers les premiers films de Jean-Luc Godard, de « À bout de souffle » à « Pierrot le Fou » (1965), Belmondo évolue avec une liberté sans précédent, comme quelqu’un pour qui rien n’a d’importance, pour qui la vie n’est qu’un jeu qu’il faut dépenser impulsivement. et de manière improvisée parce que sinon ce n’était pas souhaitable : l’ennui est pire que la mort. Belmondo aimait se déformer astucieusement de son personnage, il indiquait clairement qu’il créait de la fiction (bien qu’avec un maximum de réalisme physique), il dansait sans problème à travers les images et, quand il en avait envie, montrait les dents d’un air moqueur devant la caméra.

Le théâtre était pour lui aussi important que le cinéma. À partir de 1987, il apparaît encore et encore sur scène, acclamé comme un vieux cheval de bataille qui n’a plus rien à prouver à personne. Il n’a jamais reçu d’Oscar, mais à en juger par ses personnages de film, cela ne lui importait pas vraiment. Dans les années 1980, déjà un peu vieux, il devient un héros d’action amusé dans des films comme « The Professional » (1981).

Belmondo semblait incarner parfaitement ce que le grand James Baldwin (1924-1987) écrivait à propos des stars de cinéma de sa génération : On ne va pas au cinéma pour voir toutes les célébrités jouer, écrivait un jour Baldwin, on va au cinéma pour voir ceux qui les regardent existent. (« On ne va pas les voir jouer, on va les voir être. ») A son apogée, dans les années 1960 et 1970, où aucun acteur de cinéma européen ne pouvait l’égaler en termes de sérénité et de libertinage, Jean-Paul Belmondo C’était exactement ce qui pouvait tenir la route : quelqu’un qui tirait sa fascination de la liberté et du charisme, qui pouvait faire ce qu’il voulait sans perdre la moindre once de souveraineté. Le 6 septembre 2021, exactement 60 ans jour pour jour après la sortie au cinéma français de la comédie sexuelle de Godard « Une femme est une femme », dans laquelle il se moquait de lui-même d’une manière adorable, Belmondo est décédé à l’âge de 88 ans. Paris, ville natale.

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