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Peters, star de Burg : « Personne n’écoute les femmes qui crient »

INTERVIEW : STEFAN GRISSEMANN

profil: Ils se félicitent de la culture du débat qui s’est instaurée au Burgtheater. Selon vous, l’accent ne devrait pas être mis sur Hartmann en tant que personne ?
Pierre : Précisément parce que ce débat occulte trop les sujets cruciaux. Soudain, tout le monde ne pense qu’à cet homme, le mettant en couverture des journaux, faisant de lui le centre de l’attention. Mais le problème lui-même est bien plus grand que lui – et aussi plus grave.

profil: Mais si l’on veut décrire le climat de peur qui règne au château, ne faut-il pas le décrire de la manière la plus précise possible ? Le simple résumé pourrait ne pas avoir cet effet.
Pierre : On pourrait donner des exemples concrets sans se référer à des chiffres individuels. Ce truc « nommer le cheval et le cavalier, sinon l’histoire ne compte pas » me dérange. Cela n’éliminera jamais complètement le goût pornographique qui est ensuite utilisé pour créer de la circulation. Les gens vous montrent du doigt et utilisent des mots épicés comme « sperme » ou « orgasme » et cela ressemble alors à un reportage. Cela me dérange, car c’est exactement ce contre quoi vous voulez lutter.

profil: Des journaux comme le New York Times, qui a décrit en détail les agressions et les cas d’abus d’Harvey Weinstein, servent également ce voyeurisme.
Pierre : Et c’est seulement alors qu’il est « sexy » de lire l’article. Je trouve ça absolument terrible. Mais en ce moment, j’ai l’impression d’avoir été transporté de manière positive dans les années 1970 : tout à coup, tout le monde dans son environnement immédiat doit se comporter politiquement. Et le débat au château montre qu’il est possible de se parler au sein de son institution d’une manière qui n’a jamais été faite auparavant. Nous vivons depuis trop longtemps dans un climat social que nous pensions tous devoir supporter. Et maintenant, nous avons décidé ensemble que nous n’aurions plus à endurer cela.

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profil: Vous pensez donc que la lettre ouverte aura un effet positif, même si vous ne l’avez pas signée ?
Pierre : Je suis sceptique quant à son efficacité. Mais l’idée d’avoir un débat est juste et essentielle. Et j’aimerais que notre théâtre se retrouve bientôt suffisamment pour pouvoir y participer, notamment par des moyens artistiques. On pourrait très bien réfléchir aux problématiques hommes/femmes à partir des productions actuelles, au lieu d’utiliser les médias pour accuser une personne qui ne représente pas à elle seule le système qu’il faut accuser. Hartmann n’a pas tout inventé, mais, comme nous tous, il l’a appris de dizaines de personnes avant lui.

Nous devons tous œuvrer pour changer le climat social afin que les anciens moyens de pression ne fonctionnent plus.

profil: Beaucoup attribuent l’exercice du pouvoir au théâtre au fait que l’art n’est pas un processus démocratique, qu’il faut repousser les limites et entrer dans des zones émotionnelles extrêmes.
Pierre : Oui, mais je pense que c’est une excuse pour permettre au théâtre de rester tel qu’il a toujours été. Mais cela peut changer, tout comme le reste de la société et le temps aussi.

profil: La lettre de Burg sera probablement un coup de semonce pour tous les administrateurs qui gouvernent encore à l’ancienne.
Pierre : J’espère que ce n’est pas seulement pour les gens du théâtre. Les choses ne sont souvent pas différentes dans les hôpitaux, les cabinets ou les cabinets. Ce débat ne se limite pas à l’industrie des arts et du divertissement. Et nous devons tous œuvrer pour changer le climat social afin que les anciens moyens de pression ne fonctionnent plus. Vous n’êtes pas obligé de vous soumettre à des abus sexuels agressifs pour conserver votre emploi. Nous devons nous apprendre mutuellement qu’il ne s’agit pas d’un délit banal. Toutes les personnes présentes dans la salle, même celles qui ne sont pas dans la ligne de mire, doivent faire comprendre à l’agresseur qu’une frontière est franchie. Ce n’est pas facile du tout.

profil: Il semble y avoir un nombre supérieur à la moyenne de colériques qui dirigent le théâtre.
Pierre : Même aujourd’hui, certaines personnes pensent encore qu’elles peuvent s’affirmer en criant. Les femmes le font moins souvent parce que personne ne les écoute lorsqu’elles crient. Bien sûr, les colères colériques ne sont pas agréables, mais je suis aussi heureux que le théâtre soit une institution où les gens peuvent encore se rencontrer directement et personnellement. Pas d’une manière aussi raffinée et feintement chic.

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